Est-ce sain, pour un enfant, de ne jamais voir ses parents s'énerver (seul ou contre un(e) autre), exprimer de la fatigue, pleurer ?
La réponse de Laurence Dudek, psychothérapeute et psychopédagogue :
"Je crois qu’il vaut mieux épargner aux enfants autant que faire se peut les éclats de voix, les gestes brusques, les insultes, les reproches, l’amertume, l’agressivité passive (le fait de « faire la tête »), ainsi que toutes les réactions émotionnelles qui sont projetées sur soi-même ou sur une autre personne, et a fortiori sur l’enfant lui-même, car c’est violent.
En revanche, l’expression des émotions peut être non violente et dans ce cas il est sain que les enfants puissent l’observer afin d’en prendre modèle et de s’en imprégner par expérience. Toutes les émotions ne sont pas violentes : celles qui le sont présentent en général les caractéristiques d’un cumul émotionnel qui n’a pas été traité et qui déborde comme un trop-plein. Effectivement, il vaut mieux ne pas proposer ce modèle à son enfant.
En Éducation Efficace, il n’est pas question de cacher à ses enfants ce qu’on ressent quand on le ressent (comment le pourrait-on ?), mais il est nécessaire de ne pas le projeter sur eux en les laissant témoins de violences verbales ou comportementales qui sont des décharges émotionnelles violentes. Quand une décharge émotionnelle menace, j’indique aux adultes qu’il vaut toujours mieux expliquer à l’enfant qu’on a besoin de ressentir ce qu’on ressent et qu’on va l’en extraire le temps que ça passe, et qu’on en reparlera ensuite, quand on sera plus disponible pour lui."
La clé n°5 de la méthode Éducation Efficace de Laurence Dudek : "Les enfants croient tout ce qu'on leur dit"
Pour remédier à tous les travers de communication qui constituent des écueils en termes de résultats obtenus, l’Éducation Efficace recommande un modèle qui permet d’examiner la pertinence des informations que l’on souhaite donner à l’enfant. Ce modèle s’inspire des célèbres « filtres de Socrate » (vérité, utilité, bienfaisance) dont le détail se trouve ci-après.
• Vérité : ne dire à l’enfant que ce qui est vrai, vérifié, authentique, observable (pas d’interprétation, de projection ni de croyances). Par exemple, plutôt que de dire « attention tu vas tomber », on dira « j’ai peur que tu tombes ».
• Utilité : ne donner à l’enfant que des informations dont il va pouvoir se servir, apprendre quelque chose d’utile, faire quelque chose avec l’information. Par exemple, plutôt que dire « je ne veux pas que tu cries dans les couloirs parce que ça réveille ton frère », on dira « je voudrais que tu attendes d’être dehors pour crier afin d’éviter de réveiller ton frère » ; et on évitera toutes les informations anxiogènes qui ne servent à rien,
• Bienfaisance : s’assurer que, même quand l’information qu’on donne est difficile à recevoir (une mauvaise nouvelle par exemple), l’enfant se sent mieux de recevoir cette information que de ne pas l’avoir reçue. Ainsi on évitera toutes les informations qui provoquent des émotions négatives sans présenter aucun bénéfice, on évitera également de se précipiter pour informer l’enfant afin de se débarrasser soi-même d’une information ou de se donner bonne conscience de ne pas avoir « menti par omission ». On veillera à ce que nos enfants ne soient pas des réceptacles à informations encombrantes telles que les faits divers, les maladies dans le monde, les attentats, les voleurs, etc.
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