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Vie quotidienne

L’angoisse de la séparation

Votre enfant, depuis quelques jours, ne sourit plus aux anges. Alors que vous l'aviez connu si confiant et gai avec son entourage, le voilà qui pleure, hurle dès que vous sortez de la pièce ou qu'arrive une tierce personne. Si votre enfant a entre 7 et 10 mois, c'est qu'il traverse la période de ce que l'on appelle « l'angoisse de la séparation » ou « la crise des huit mois ».

L'angoisse de la séparation, c'est quoi ?

Autour de 8 mois, le bébé prend conscience de son existence. Auparavant, il ne faisait qu'un avec ses parents. En intégrant le fait qu'il existe, il prend conscience de sa place par rapport aux autres. L'enfant vit alors une angoisse qui peut être importante, celle d'être abandonné de ses parents, puisqu'il ne fait plus qu'un avec lui.

Quelles en sont les manifestations ?

L'élément principal est le pleur. Dès que le parent quitte la pièce, l'enfant hurle. Mais dès qu'arrive également une autre personne, il se met aussi à pleurer, de crainte d'être confié à un autre : grands-parents, nounou, ami de la famille...

Des troubles du sommeil peuvent également survenir, car le fait d'aller se coucher, c'est être séparé de ceux que l'on aime. Pour le nourrisson, la nuit est aussi assimilée à une petite mort. Certains bébés peuvent se mettre à craindre le bain, car ils entrent dans un élément qui met une frontière avec le parent et dans lequel ils ne savent pas bien évoluer.

Que faire ?

Tout d’abord, pas de panique. Votre enfant traverse une période normale et incontournable de son développement. L'important est de l'accompagner, de le rassurer et d'informer votre entourage. En aucun cas, il fait un caprice.

  1. Communiquez avec votre enfant. Beaucoup de parents croient que leur enfant ne comprend pas à 8 mois. Et pourtant, c'est tout le contraire. À 8-9 mois et ce dès sa vie intra-utérine, un enfant a déjà appris beaucoup de choses et a entendu la parole. Il comprend des mots simples qu'il sait associer au ton de la voix et aux mimiques du visage. Grâce à son extraordinaire capacité d'adaptation, il a déjà un ensemble cognitif conséquent. Donc, parlez-lui. Il suffit de dire des mots simples, de lui expliquer ce que l’on va faire calmement. Ne quittez pas la pièce sans prévenir. Si vous prévoyez de partir en week-end avec votre conjoint, prévenez-le que ses grands-parents vont s'occuper de lui pendant cette courte absence et qu'à votre retour vous serez à nouveau là, rien que pour lui.
  2. Prévenez l'entourage, et en premier lieu les grands-parents. Ces derniers peuvent se sentir très vexés de ce brusque rejet. Il convient donc de les informer avant une entrevue pour éviter tout psychodrame. C'est peut-être à cet égard l'occasion de redéfinir leur rôle.
  3. Mettez en place des petits rituels. Le jeu du « Coucou me voilà » est un très bon outil qui renforcera votre lien avec votre enfant. Cachez vos yeux avec les mains puis montrez à nouveau votre visage. N'ayez pas peur d'être très expressif. Plus vous en rajoutez, plus il adore. « Maman n’est plus là. Elle est là ! ». L’enfant éclate de rire. Par mimétisme, il prend conscience de la notion de revenir.
  4. N'ayez pas peur d'être en symbiose avec votre enfant autant que possible. Le portage, l'allaitement, le bercement, le co-dodo... Si vous vous sentez à l'aise avec ces pratiques, alors n'hésitez pas. Votre enfant sera plus apaisé et aura moins à craindre de cette séparation.
  5. Laissez-lui du temps. Adaptez-vous à son rythme. C'est lui qui doit prendre l'initiative de la séparation autant que possible. C'est pourquoi il est toujours prévu une période d'adaptation à la crèche, qui sera un peu plus longue pour cette tranche d’âge. Plus vous respecterez le rythme de votre enfant, plus il sera en sécurité et renforcera son équilibre affectif.

La crise de 8 mois est une étape importante et essentielle dans la prise de conscience du « je ». Jusqu’à 6 mois c'était facile. Cette période est en réalité la première difficulté d’éducation à laquelle vous allez faire face. C’est à ce stade que votre enfant demande beaucoup plus. Et c'est bien normal : à cette angoisse, se juxtaposent des progrès considérables. C'est l'âge auquel il commence à tenir assis, qu'il fait ses dents et qu'il va s'emparer de tout ce qui se trouve à sa portée.

À vous donc de vous adapter, de donner encore plus de votre temps, d'expliquer, de rassurer et d’accompagner. Être parent est une aventure formidable : les progrès de votre enfant sont votre plus grande victoire.

CET ARTICLE A ETE ECRIT PAR - Arnault PFERSDORFF

Pédiatre réanimateur en exercice, Arnault Pfersdorff est ancien interne des Hôpitaux, Ancien Chef de Clinique des Universités – Assistant des Hôpitaux.

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